Chögyam Trungpa ~ BUSYNESS
Chögyam Trungpa ~ Agitation frénétique
Le fait que l’ego n’existe pas en tant qu’entité solide, que nous sommes fondamentalement seuls, est effrayant. Nous produisons donc sans cesse des pensées, des souvenirs et des émotions pour masquer cette réalité. Tant que nous sommes toujours occupés, nous ne pouvons pas reconnaître l’absence d’ego. En fait, la précipitation est la stratégie que nous employons pour cacher ces trois aspects de la réalité. Au lieu de voir la nature changeante des choses, nous passons impulsivement d’une chose à l’autre. Au lieu de reconnaître l’insatisfaction sous-jacente dans nos vies, nous la dissimulons en mettant en avant, en nous remémorant et en anticipant les plaisirs et le confort ou les affronts et les chagrins. La tromperie, l’évasion, l’ignorance sont les méthodes de l’ego.
Afin de commencer à voir la vie telle qu’elle est, nous avons besoin d’une méthode pour mettre fin à la vitesse et à la tromperie dans nos vies. La méditation assise permet à l’esprit de ralentir, de se démêler. Nous ne nourrissons ni ne réprimons les pensées, mais nous les voyons clairement sans nous laisser piéger par elles. Généralement, des techniques qui coupent la chaîne des pensées sont utilisées comme aides — l’attention à la respiration est la plus courante. Calmer le processus frénétique des pensées est souvent assez douloureux, car nous permettons à des pensées et des sentiments normalement refoulés d’émerger. La turbulence peut donc sembler s’intensifier avant de s’apaiser.
Mais parallèlement à l’ennui, à l’irritation, à la gêne, à l’inanité, aux hauts et aux bas du processus de méditation, une clarté accrue commence à se développer. On ressent davantage le fait d’être présent, d’avoir une relation calme et précise avec les choses. Puis cela s’étend à une prise de conscience de l’environnement dans lequel les phénomènes se produisent. La méditation devient un aspect omniprésent de notre vie quotidienne. Nous devenons plus ouverts, conscients et tolérants à tout ce qui se présente. Nous commençons à voir les réalités de l’impermanence, de la souffrance et de l’absence d’ego. Ces réalités ne sont pas considérées comme la nature malheureuse et dure des choses qui doivent être surmontées par la raison et l’effort. Nos efforts pour construire l’éternité sur la mort, pour créer du plaisir à partir de la douleur, pour nous solidifier face à la solitude, sont tous vains. Ce n’est qu’en s’ouvrant pleinement à la mort, à la douleur et à la solitude que leur caractère terrifiant et tragique peut être surmonté. Et surmonter la terreur qu’ils suscitent est la porte d’entrée vers la santé mentale.