{"id":1103,"date":"2021-05-12T14:00:12","date_gmt":"2021-05-12T14:00:12","guid":{"rendered":"https:\/\/zijiart.com\/?p=1103"},"modified":"2022-05-12T14:01:47","modified_gmt":"2022-05-12T14:01:47","slug":"ce-que-nest-pas-la-meditation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zijiart.com\/?p=1103","title":{"rendered":"Ce que n&rsquo;est pas la m\u00e9ditation&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Beaucoup d&rsquo;Occidentaux, lorsqu&rsquo;ils en viennent \u00e0 la pratique de la m\u00e9ditation, recherchent une gu\u00e9rison psychologique &#8211; mais ce n&rsquo;est pas ce que la m\u00e9ditation a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour faire. Au fur et \u00e0 mesure que la m\u00e9ditation s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9e comme un moyen de traiter les affections physiques et \u00e9motionnelles ainsi qu&rsquo;un moyen d&rsquo;am\u00e9liorer les performances au travail, de r\u00e9duire le stress et de rec\u00e2bler le cerveau. Je suis psychoth\u00e9rapeute depuis pr\u00e8s de vingt-cinq ans, travaillant avec des m\u00e9ditants et des non-m\u00e9ditants ; j&rsquo;ai \u00e9galement enseign\u00e9 la m\u00e9ditation dans la tradition Theravada \u00e0 des \u00e9tudiants qui pouvaient clairement b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une th\u00e9rapie. J&rsquo;ai vu de mes propres yeux l&rsquo;avantage de combiner les deux. J&rsquo;ai \u00e9galement vu les pi\u00e8ges de la pens\u00e9e que la m\u00e9ditation peut r\u00e9soudre les premi\u00e8res blessures psychologiques &#8211; aussi puissante que soit la m\u00e9ditation, ce genre de gu\u00e9rison n&rsquo;est pas de son ressort. Pour cela, nous avons la psychoth\u00e9rapie. Et lorsque la psychoth\u00e9rapie est entreprise en tandem avec une pratique de la m\u00e9ditation, elle peut constituer un m\u00e9lange puissant.<\/p>\n<p>Dans un article de 1989 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0M\u00eame les meilleurs m\u00e9ditants ont de vieilles blessures \u00e0 gu\u00e9rir\u00a0\u00bb, Jack Kornfield a \u00e9crit : \u00ab\u00a0Pour la plupart des gens, la pratique de la m\u00e9ditation ne fait pas tout. Au mieux, c&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment important d&rsquo;un chemin complexe d&rsquo;ouverture et d&rsquo;\u00e9veil\u00a0\u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;id\u00e9e que la m\u00e9ditation ne peut pas r\u00e9soudre toutes les souffrances psychologiques \u00e9tait largement rejet\u00e9e dans les cercles de m\u00e9ditation. Mais avec plus de recherches et de t\u00e9moignages anecdotiques, elle a \u00e9t\u00e9 de plus en plus largement accept\u00e9e. En 2009, dans un article sur le dharma intitul\u00e9 \u00ab\u00a0M\u00e9dicamenter ou m\u00e9diter ? Roger Walsh, Robin Bitner, Bruce Victor et Lorena Hillman ont \u00e9crit : \u00ab\u00a0Il semble clair que la question de savoir si la m\u00e9ditation et la psychoth\u00e9rapie peuvent s&rsquo;am\u00e9liorer mutuellement a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e : de nombreuses personnes tirent profit de leur association, et cela a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 par des cliniciens et d\u00e9montr\u00e9 par la recherche. Lorsque les anciens traumatismes, douleurs et sch\u00e9mas se recyclent \u00e0 l&rsquo;infini, ou font que la pratique spirituelle semble \u00e9crasante et sans espoir, la meilleure r\u00e9ponse n&rsquo;est peut-\u00eatre pas simplement celle classique de plus de pratique. Au lieu de cela, une psychoth\u00e9rapie peut \u00eatre n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb.<br \/>\nContrairement \u00e0 beaucoup d&rsquo;entre nous, Siddhartha a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec un soin, une s\u00e9curit\u00e9, un amour, un respect, une patience et une admiration absolus. Il a \u00e9merg\u00e9 de son enfance en \u00e9tant psychologiquement entier.<\/p>\n<p>Je pratique la psychanalyse contemporaine, ce qui signifie que lorsque je travaille avec un client, nous visons \u00e0 transformer profond\u00e9ment les sch\u00e9mas \u00e9motionnels d\u00e9fectueux qui se sont form\u00e9s dans l&rsquo;enfance. Ce faisant, je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;expression authentique du client et je l&rsquo;encourage \u00e0 s&rsquo;exprimer. Par exemple, quelqu&rsquo;un peut avoir appris tr\u00e8s t\u00f4t qu&rsquo;il est dangereux de se mettre en col\u00e8re, car cela pourrait mettre en p\u00e9ril l&rsquo;amour d&rsquo;un parent. Cela peut le laisser dans des situations o\u00f9 il est abus\u00e9 parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas acc\u00e8s \u00e0 sa col\u00e8re l\u00e9gitime. En th\u00e9rapie, nous ne d\u00e9couvrons pas seulement la cause de la difficult\u00e9 de la col\u00e8re, mais nous encourageons aussi \u00e0 la pratiquer, surtout dans les moments o\u00f9 le client pourrait \u00eatre en col\u00e8re contre moi. En restant stable et en acceptant son sentiment, le client acquiert une exp\u00e9rience vivante de la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre en col\u00e8re contre quelqu&rsquo;un qui ne se venge pas ou se retire, qui accepte ses pr\u00e9occupations. Ces types d&rsquo;\u00e9changes aident le client \u00e0 d\u00e9velopper un sentiment de soi sain, authentique et vital.<\/p>\n<p>Cet aspect du d\u00e9veloppement psychologique n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire pour le Bouddha, et la gu\u00e9rison de ce type de blessures n&rsquo;\u00e9tait pas incluse dans la prescription du Bouddha pour mettre fin \u00e0 la souffrance.<\/p>\n<p>Comme le raconte l&rsquo;histoire populaire du Bouddha, le p\u00e8re de Siddhartha l&rsquo;a prot\u00e9g\u00e9 des souffrances du monde en le gardant derri\u00e8re les murs du palais. Cela a fonctionn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ait vingt-neuf ans et qu&rsquo;il devienne curieux de ce qui se passait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Quatre fois, il s&rsquo;est embarqu\u00e9 dans un voyage avec son cocher. Au cours de trois de ces voyages, il a rencontr\u00e9 quelqu&rsquo;un &#8211; une personne tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, une personne tr\u00e8s malade et un cadavre &#8211; qui a lev\u00e9 le voile de ses yeux, et il a r\u00e9alis\u00e9 le fait in\u00e9luctable de la souffrance existentielle. Lors de sa quatri\u00e8me sortie, Siddhartha a rencontr\u00e9 un asc\u00e8te, qui avait renonc\u00e9 au monde mat\u00e9riel pour vivre la vie sainte et \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance. Cette derni\u00e8re rencontre a indiqu\u00e9 au futur Bouddha la direction qu&rsquo;il allait prendre pour atteindre la lib\u00e9ration finale.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 beaucoup d&rsquo;entre nous, Siddh\u00e2rta a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec un soin, une s\u00e9curit\u00e9, un amour, un respect, une attention et une admiration absolus. Bien que sa m\u00e8re soit morte peu apr\u00e8s sa naissance, ce qui l&rsquo;a peut-\u00eatre rendu plus sensible \u00e0 la souffrance existentielle lorsqu&rsquo;il y a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, il avait d\u00e9velopp\u00e9 ce que l&rsquo;on appelle un attachement s\u00e9curisant avec sa tante, ce qui signifie qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait li\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la personne qui s&rsquo;occupait de lui. Selon la psychologie du d\u00e9veloppement, cet attachement est n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;un enfant devienne un adulte ayant un sens de soi sain et stable.<\/p>\n<p>Siddhartha est sorti de son enfance fort et confiant(&#8230;)<br \/>\nApr\u00e8s son choc initial, il ne s&rsquo;est pas laiss\u00e9 submerger ni dissocier ; il n&rsquo;a pas sombr\u00e9 dans le d\u00e9ni. Il \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 et s&rsquo;est engag\u00e9 dans une voie pour \u00eatre libre. En bref, il \u00e9tait psychologiquement entier.<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nNous pouvons voir sa forte et saine conscience de soi lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;\u00e9couter ses propres incitations internes, de quitter tout ce qu&rsquo;il avait connu et d&rsquo;aller de l&rsquo;avant sans aucun doute. Nous pouvons \u00e9galement le voir plus tard dans son voyage, lorsque, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es avec des yogis qui pratiquaient l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, il a r\u00e9alis\u00e9 que des pratiques telles que le je\u00fbne et l&rsquo;autoflagellation n&rsquo;allaient pas r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la vieillesse, de la maladie et de la mort, et il a repris son propre chemin. Tout au long de son voyage, le Bouddha a connu ses moments de faiblesse mais n&rsquo;a pas abandonn\u00e9. Il n&rsquo;est pas devenu d\u00e9pressif, anxieux, renferm\u00e9, traumatis\u00e9 ou cod\u00e9pendant. Il est clair que sa conscience de soi \u00e9tait saine et intacte.<\/p>\n<p>Lorsque je pratique la psychoth\u00e9rapie, je rencontre des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 la souffrance tr\u00e8s t\u00f4t dans leur vie &#8211; avant que leur esprit ne puisse comprendre ce qui se passe, alors que leur corps est encore en pleine croissance et vuln\u00e9rable, et \u00e0 un moment o\u00f9, pour leur d\u00e9veloppement physique, \u00e9motionnel et psychologique optimal, elles devraient \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es de la souffrance. Ils peuvent avoir v\u00e9cu des dynamiques familiales difficiles, notamment la maltraitance, la n\u00e9gligence \u00e9motionnelle et le manque de soins. Ils peuvent avoir des parents qui n&rsquo;\u00e9taient pas eux-m\u00eames parents et se tourner vers leurs enfants pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins \u00e9motionnels. Au-del\u00e0 de la famille, la culture elle-m\u00eame nous expose \u00e0 la violence, aux traumatismes et au racisme syst\u00e9mique. De nombreuses personnes se trouvent loin des murs du palais.<\/p>\n<p>Les enfants \u00e9lev\u00e9s de cette fa\u00e7on peuvent \u00eatre incapables d&rsquo;entendre, et encore moins de suivre, leurs conseils int\u00e9rieurs, et \u00eatre incapables d&rsquo;agir avec amour et sagesse. Cette situation peut se transformer en d\u00e9pendance, en d\u00e9pression, en anxi\u00e9t\u00e9, en stress post-traumatique et en d&rsquo;autres troubles. Nous sommes si nombreux dans la culture occidentale \u00e0 nous demander qui nous sommes, comment nous nous int\u00e9grons et quel est notre but ; nous luttons contre une image n\u00e9gative de nous-m\u00eames en essayant de g\u00e9rer l&rsquo;impact des premi\u00e8res exp\u00e9riences difficiles. En bref, nous arrivons \u00e0 la porte de la pratique spirituelle avec un paysage \u00e9motionnel et psychologique tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du futur Bouddha. Lorsque nous commen\u00e7ons la pratique, nous nous effor\u00e7ons de surmonter la souffrance personnelle qui nous emp\u00eache de vivre pleinement au sein des proches, pas encore au point de se confronter \u00e0 la souffrance existentielle pour r\u00e9aliser l&rsquo;absolu.<\/p>\n<p>La m\u00e9ditation est-elle donc utile pour nous ? Si elle ne peut pas gu\u00e9rir compl\u00e8tement la souffrance psychologique, nous offre-t-elle quelque chose de positif ? A-t-elle des aspects curatifs ? La r\u00e9ponse est un oui cat\u00e9gorique. M\u00eame si le Bouddha n&rsquo;est pas venu \u00e0 la m\u00e9ditation pour gu\u00e9rir, la m\u00e9ditation offre un certain r\u00e9pit aux afflictions psychologiques.<\/p>\n<p>Lorsque nous m\u00e9ditons et d\u00e9veloppons notre concentration gr\u00e2ce \u00e0 la conscience de la respiration, cela nous lib\u00e8re, m\u00eame si ce n&rsquo;est que temporairement, des pens\u00e9es et des sentiments qui nous bombardent. Pour certains d&rsquo;entre nous, c&rsquo;est peut-\u00eatre la premi\u00e8re fois que nous constatons que nous ne sommes pas ce que nos pens\u00e9es disent de nous. Nous voyons que les pens\u00e9es naissent sans entrave, qu&rsquo;elles sont conditionn\u00e9es par la famille, les enseignants et la culture, et qu&rsquo;elles n&rsquo;exigent pas que nous nous identifions \u00e0 elles. Nous constatons que toutes les formes de pens\u00e9es et tous les \u00e9tats d&rsquo;esprit ne doivent pas nous emporter ; nous apprenons que nous pouvons faire des choix au service de notre bien-\u00eatre. Nous voyons le cheminement mental que nous nous appr\u00eatons \u00e0 faire et nous nous demandons s&rsquo;il vaut la peine de le faire. Lorsque nous commen\u00e7ons \u00e0 agir \u00e0 partir de la conscience plut\u00f4t que de l&rsquo;identification avec la pens\u00e9e, nous nous comportons plus habilement envers nous-m\u00eames et les autres. Nous apprenons \u00e0 prendre soin de nous-m\u00eames, \u00e0 d\u00e9velopper la compassion et \u00e0 pratiquer avec amour.<\/p>\n<p>Pendant les longues p\u00e9riodes de retraite et de silence, les \u00e9tats psychologiques difficiles qui ont \u00e9t\u00e9 enfouis dans notre psychisme peuvent remonter \u00e0 la surface afin d&rsquo;\u00eatre ressentis, observ\u00e9s et lib\u00e9r\u00e9s. \u00c0 mesure que la pratique s&rsquo;approfondit, la m\u00e9ditation nous permet d&rsquo;aller au-del\u00e0 de la pens\u00e9e discursive et de ressentir directement ces exp\u00e9riences. Dans ces cas, nous sommes lib\u00e9r\u00e9s des anciens paradigmes et des anciennes fa\u00e7ons de se sentir soi-m\u00eame. Cela recoupe directement ce qui peut se passer dans une bonne relation th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Cependant, nous pouvons quitter le silence et l&rsquo;immobilit\u00e9 de la retraite et, une fois de plus, avoir du mal \u00e0 nous concentrer et \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des niveaux de structuration plus profonds. Il y a des raisons \u00e9videntes \u00e0 cela. Traditionnellement, la difficult\u00e9 \u00e0 se concentrer a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e aux cinq obstacles &#8211; la cupidit\u00e9, l&rsquo;aversion, la paresse et la torpeur, l&rsquo;agitation et le doute &#8211; tous des \u00e9tats d&rsquo;esprit qui interdisent des \u00e9tats de concentration plus profonds.<\/p>\n<p>Pour certaines personnes, ces \u00e9tats d&rsquo;esprit peuvent \u00eatre compos\u00e9s de ces blessures psychologiques pr\u00e9coces que nous portons avec nous. Par exemple, ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut appeler de l&rsquo;aversion, un psychoth\u00e9rapeute peut le consid\u00e9rer comme de la haine de soi. Ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut consid\u00e9rer comme de la paresse, un psychoth\u00e9rapeute peut le reconna\u00eetre comme une d\u00e9pression. Ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut consid\u00e9rer comme de l&rsquo;agitation, un psychoth\u00e9rapeute peut le consid\u00e9rer comme de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou un trouble de stress post-traumatique. Comme ces \u00e9tats d&rsquo;esprit peuvent \u00eatre compos\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9riences tr\u00e8s difficiles, voire traumatisantes, qui se sont produites avant que nous soyons capables de les affronter sur le plan du d\u00e9veloppement, il ne suffit souvent pas de les nommer comme des entraves et de sentir leurs composantes \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Un psychoth\u00e9rapeute consid\u00e9rerait le probl\u00e8me de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des sch\u00e9mas plus profonds non pas comme un probl\u00e8me d&rsquo;\u00e9tablissement de la concentration mais plut\u00f4t comme des d\u00e9fenses psychologiques. Les d\u00e9fenses sont exactement ce dont elles ont l&rsquo;air : elles d\u00e9fendent le moi contre l&rsquo;exp\u00e9rience de sentiments et de souvenirs douloureux et souvent accablants. Les d\u00e9fenses sont inconscientes ; elles se produisent automatiquement et sans notre consentement. Nous pouvons \u00e9prouver une humeur aigre, un sentiment de vide, des sch\u00e9mas comportementaux difficiles, un manque de clart\u00e9, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de la d\u00e9pression, des phobies, et plus encore &#8211; sans conna\u00eetre les exp\u00e9riences, les croyances et les sentiments qui sont \u00e0 la base de ces \u00e9tats d&rsquo;esprit. \u00c0 l&rsquo;inverse, si les d\u00e9fenses s&rsquo;effondrent, nous pouvons nous retrouver submerg\u00e9s par des \u00e9motions douloureuses et parfois incapables de fonctionner.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer ces \u00e9tats d&rsquo;esprit comme des obstacles \u00e0 une concentration plus profonde, un psychoth\u00e9rapeute les consid\u00e9rerait comme des exp\u00e9riences qui r\u00e9clament \u00e0 grands cris une gu\u00e9rison ; dans l&rsquo;espace s\u00fbr et confidentiel de la relation entre le th\u00e9rapeute et son client, l&rsquo;approche consisterait donc \u00e0 explorer ces exp\u00e9riences. Les d\u00e9fenses sont consid\u00e9r\u00e9es comme un point de d\u00e9part. Dans une exploration partag\u00e9e, le th\u00e9rapeute indique et interpr\u00e8te les d\u00e9fenses de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;elles perdent progressivement leur emprise. Au fur et \u00e0 mesure que la confiance se construit, la mati\u00e8re qui se trouve au-del\u00e0 des d\u00e9fenses peut \u00e9merger et \u00eatre trait\u00e9e. Dans des circonstances optimales, les \u00e9motions et les exp\u00e9riences difficiles qui \u00e9taient auparavant inconscientes \u00e9mergent lentement et en toute s\u00e9curit\u00e9 afin que le client puisse les int\u00e9grer sans se laisser submerger. \u00c0 mesure que ces sch\u00e9mas s&rsquo;effilochent, le psychoth\u00e9rapeute apporte non seulement un soutien et un encouragement \u00e9motionnels, mais il propose \u00e9galement un nouveau mod\u00e8le de r\u00e9ponse aux difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Voici un exemple de la mani\u00e8re dont un psychoth\u00e9rapeute peut aider \u00e0 transformer les sch\u00e9mas psychologiques. Lorsqu&rsquo;une personne commence \u00e0 se sentir vuln\u00e9rable, elle peut entendre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;elle une voix dure qui la traite de stupide ou de faible. En explorant, nous pouvons d\u00e9couvrir que cette voix est exactement la fa\u00e7on dont le parent a trait\u00e9 la patiente lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait un enfant vuln\u00e9rable. Cette voix maintient le statu quo ; elle tient \u00e0 distance les sentiments de vuln\u00e9rabilit\u00e9. La\/le patiente se dit faible ou n\u00e9cessiteuse et essaie de repousser ces sentiments avec duret\u00e9 et auto-accusation. Mais la voix dure a une fonction protectrice, car les sentiments de vuln\u00e9rabilit\u00e9 auraient accabl\u00e9 l&rsquo;enfant sans l&rsquo;aide d&rsquo;un parent apaisant. Le psychoth\u00e9rapeute interpr\u00e8te la nature d\u00e9fensive de cette voix dure et fait remarquer qu&rsquo;elle ne sert plus \u00e0 la patiente pour r\u00e9primer ses sentiments vuln\u00e9rables. L&rsquo;enfant vuln\u00e9rable peut \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;exprimer, et le psychoth\u00e9rapeute peut r\u00e9pondre avec soin et compassion. Au lieu du mod\u00e8le de duret\u00e9 adopt\u00e9 par le parent, une nouvelle position d&rsquo;acceptation est adopt\u00e9e et la cliente apprend \u00e0 se traiter avec gentillesse.<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, un attachement s\u00e9curisant se forme avec le th\u00e9rapeute. C&rsquo;est ce que Siddhartha poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 lorsqu&rsquo;il a commenc\u00e9 sa qu\u00eate de libert\u00e9 ; c&rsquo;est essentiel pour le d\u00e9veloppement d&rsquo;un sentiment sain de soi. Lorsque cela ne se produit pas dans l&rsquo;enfance, cela nous laisse dans le manque. O\u00f9 vont les adultes pour r\u00e9pondre aux besoins de d\u00e9pendance non satisfaits, aux besoins de refl\u00e9ter leur moi authentique, d&rsquo;encourager leurs v\u00e9ritables efforts, de s\u00e9curit\u00e9 et d&#8217;empathie ? O\u00f9 les adultes peuvent-ils aller pour enfin grandir ?<\/p>\n<p>La psychoth\u00e9rapie men\u00e9e dans une perspective de d\u00e9veloppement &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire une th\u00e9rapie qui prend en compte le besoin d&rsquo;un attachement s\u00fbr, compos\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9, d&#8217;empathie, de retour sur soi, d&rsquo;encouragement des efforts authentiques du patient et des effets n\u00e9fastes de l&rsquo;absence d&rsquo;une approche optimale pendant l&rsquo;enfance &#8211; offre une nouvelle chance de d\u00e9veloppement. Les cliniciens encourageront et soutiendront le d\u00e9veloppement des d\u00e9sirs les plus profonds des clients, de leurs v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats et de l&rsquo;expression de leurs dons. Lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;expriment et trouvent un exutoire dans le monde, ces aspects de soi qui \u00e9taient fig\u00e9s dans l&rsquo;enfance commencent \u00e0 se d\u00e9velopper \u00e0 nouveau. Une psychoth\u00e9rapie adapt\u00e9e au d\u00e9veloppement n&rsquo;est donc pas seulement un travail sur les anciens mod\u00e8les et syst\u00e8mes de croyances, mais aussi une seconde chance de devenir la personne vraie et authentique que nous sommes cens\u00e9s \u00eatre. L&rsquo;enfant int\u00e9rieur dont nous avons tous tant entendu parler n&rsquo;a pas \u00e0 rester un enfant, fig\u00e9 dans le temps pour toujours. Avec de l&rsquo;engagement et de la d\u00e9termination, il peut devenir un adulte mature sur le plan \u00e9motionnel. Malgr\u00e9 toute sa puissance, c&rsquo;est quelque chose qu&rsquo;une pratique de m\u00e9ditation solitaire ne peut pas fournir.<\/p>\n<p>La m\u00e9ditation peut cependant soutenir le processus th\u00e9rapeutique. Au fur et \u00e0 mesure que des pens\u00e9es et des sentiments douloureux apparaissent au cours du traitement, un m\u00e9ditant sera initialement plus enclin qu&rsquo;un non-m\u00e9ditant \u00e0 comprendre que les pens\u00e9es et les sentiments sont des ph\u00e9nom\u00e8nes internes auxquels il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de donner suite. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9tape cruciale pour mettre fin \u00e0 un comportement probl\u00e9matique et prendre conscience de la situation. Cette comp\u00e9tence, associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorisation de la pr\u00e9sence attentionn\u00e9e du psychoth\u00e9rapeute, peut modifier profond\u00e9ment la fa\u00e7on dont une personne r\u00e9agit aux pens\u00e9es et aux relations. De plus, comprendre et voir profond\u00e9ment l&rsquo;impermanence des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux peut permettre \u00e0 un m\u00e9ditant en th\u00e9rapie de faire l&rsquo;exp\u00e9rience de pens\u00e9es et d&rsquo;\u00e9motions p\u00e9nibles avec moins de peur et une confiance croissante qu&rsquo;elles passeront. La prise de conscience est renforc\u00e9e dans la m\u00e9ditation au point que nous avons observ\u00e9 des \u00e9tats d&rsquo;esprit aller et venir ; nous sommes moins susceptibles de r\u00e9sister \u00e0 leur apparition car nous savons que cela retardera leur disparition. En outre, lorsque nous comprenons la nature d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et conditionn\u00e9e des ph\u00e9nom\u00e8nes, nous prenons conscience que les pens\u00e9es peuvent \u00eatre \u00e9motionnellement vraies sans l&rsquo;\u00eatre concr\u00e8tement, ce qui est une distinction cruciale pour le travail int\u00e9rieur. Il y a une grande diff\u00e9rence entre croire que je suis une personne terrible et comprendre que je me sens comme une personne terrible \u00e0 cause de la fa\u00e7on dont j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>En tant que m\u00e9ditants, nous comprenons profond\u00e9ment que l&rsquo;esprit discursif est conditionn\u00e9 et non ce que nous sommes dans notre essence. Nous devenons plus sensibles et nous pouvons sentir la diff\u00e9rence \u00e9nerg\u00e9tique entre l&rsquo;esprit bavard et la voix int\u00e9rieure de la sagesse. Nous savons que nous avons la bouddhanature, un puissant syst\u00e8me de guidage interne, au-del\u00e0 de l&rsquo;esprit pensant, qui nous oriente vers la sagesse et l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Ayant ouvert et gu\u00e9ri nombre de nos blessures en psychoth\u00e9rapie, nous n&rsquo;utilisons plus nos d\u00e9fenses pour nous prot\u00e9ger de notre douleur ; sans cette armure contre la souffrance, nous devenons plus sensibles au monde qui nous entoure. D\u00e9sormais, lorsque nous m\u00e9ditons, nous voyons plus clairement. Nous allons plus loin. Nous avons int\u00e9rioris\u00e9 la pr\u00e9sence compatissante du psychoth\u00e9rapeute face \u00e0 notre propre souffrance, et par cons\u00e9quent, nous pouvons mieux exprimer notre compassion envers nous-m\u00eames et envers les autres. Nous avons m\u00fbri. Nous sommes moins pris par notre propre peur et notre propre douleur, et nous sommes capables de nous tourner vers la souffrance des autres avec un c\u0153ur ouvert. Nous sommes davantage un canal clair pour notre guidance int\u00e9rieure ; comme le Bouddha, nous pouvons suivre les incitations int\u00e9rieures de notre parcours de vie et de notre potentiel.<\/p>\n<p>Avec nos sch\u00e9mas karmiques modifi\u00e9s et transform\u00e9s, notre pratique spirituelle s&rsquo;approfondit. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 le soi, nous oublions le soi et pouvons voir le monde \u00e0 travers une lentille moins personnelle. Nous pouvons approfondir notre pratique de la m\u00e9ditation et, comme le Bouddha lors de ses sorties du palais, faire l&rsquo;exp\u00e9rience des v\u00e9rit\u00e9s de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Nous avons un aper\u00e7u des trois caract\u00e9ristiques : la souffrance, l&rsquo;impermanence et l&rsquo;altruisme. Nous reconnaissons la folie de se fier au monde conditionn\u00e9 pour trouver un bonheur et une satisfaction durables. Dans le m\u00eame temps, nous approfondissons notre engagement \u00e0 d\u00e9velopper le c\u0153ur, \u00e0 nous abstenir d&rsquo;apporter plus de souffrance \u00e0 nous-m\u00eames et aux autres, et \u00e0 cultiver la compassion pour tous les \u00eatres.<\/p>\n<p>Comme le Bouddha, nous pouvons alors \u00eatre inspir\u00e9s \u00e0 aller encore plus loin, \u00e0 quitter notre pr\u00e9occupation pour le moi familier et \u00e0 trouver ce qui dure au-del\u00e0 du domaine conditionn\u00e9. Nous pouvons nous demander ce qui est vrai au-del\u00e0 des souffrances et des d\u00e9sirs du moi personnel, au-del\u00e0 de notre histoire et des circonstances, au-del\u00e0 de la vie et de la mort. Moins accabl\u00e9s par le bagage de la souffrance personnelle, nous avan\u00e7ons.<\/p>\n<p>Debra Flics<br \/>\narticle in the Lion&rsquo;s Roar magazine<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Beaucoup d&rsquo;Occidentaux, lorsqu&rsquo;ils en viennent \u00e0 la pratique de la m\u00e9ditation, recherchent une gu\u00e9rison psychologique &#8211; mais ce n&rsquo;est pas ce que la m\u00e9ditation a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour faire. Au fur et \u00e0 mesure que la m\u00e9ditation s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9e comme un moyen de traiter les affections physiques et \u00e9motionnelles ainsi qu&rsquo;un moyen d&rsquo;am\u00e9liorer les performances au travail, de r\u00e9duire le stress et de rec\u00e2bler le cerveau. Je suis psychoth\u00e9rapeute depuis pr\u00e8s de vingt-cinq ans, travaillant avec des m\u00e9ditants et des non-m\u00e9ditants ; j&rsquo;ai \u00e9galement enseign\u00e9 la m\u00e9ditation dans la tradition Theravada \u00e0 des \u00e9tudiants qui pouvaient clairement b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une th\u00e9rapie. J&rsquo;ai vu de mes propres yeux l&rsquo;avantage de combiner les deux. J&rsquo;ai \u00e9galement vu les pi\u00e8ges de la pens\u00e9e que la m\u00e9ditation peut r\u00e9soudre les premi\u00e8res blessures psychologiques &#8211; aussi puissante que soit la m\u00e9ditation, ce genre de gu\u00e9rison n&rsquo;est pas de son ressort. Pour cela, nous avons la psychoth\u00e9rapie. Et lorsque la psychoth\u00e9rapie est entreprise en tandem avec une pratique de la m\u00e9ditation, elle peut constituer un m\u00e9lange puissant. Dans un article de 1989 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0M\u00eame les meilleurs m\u00e9ditants ont de vieilles blessures \u00e0 gu\u00e9rir\u00a0\u00bb, Jack Kornfield a \u00e9crit : \u00ab\u00a0Pour la plupart des gens, la pratique de la m\u00e9ditation ne fait pas tout. Au mieux, c&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment important d&rsquo;un chemin complexe d&rsquo;ouverture et d&rsquo;\u00e9veil\u00a0\u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;id\u00e9e que la m\u00e9ditation ne peut pas r\u00e9soudre toutes les souffrances psychologiques \u00e9tait largement rejet\u00e9e dans les cercles de m\u00e9ditation. Mais avec plus de recherches et de t\u00e9moignages anecdotiques, elle a \u00e9t\u00e9 de plus en plus largement accept\u00e9e. En 2009, dans un article sur le dharma intitul\u00e9 \u00ab\u00a0M\u00e9dicamenter ou m\u00e9diter ? Roger Walsh, Robin Bitner, Bruce Victor et Lorena Hillman ont \u00e9crit : \u00ab\u00a0Il semble clair que la question de savoir si la m\u00e9ditation et la psychoth\u00e9rapie peuvent s&rsquo;am\u00e9liorer mutuellement a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e : de nombreuses personnes tirent profit de leur association, et cela a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 par des cliniciens et d\u00e9montr\u00e9 par la recherche. Lorsque les anciens traumatismes, douleurs et sch\u00e9mas se recyclent \u00e0 l&rsquo;infini, ou font que la pratique spirituelle semble \u00e9crasante et sans espoir, la meilleure r\u00e9ponse n&rsquo;est peut-\u00eatre pas simplement celle classique de plus de pratique. Au lieu de cela, une psychoth\u00e9rapie peut \u00eatre n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. Contrairement \u00e0 beaucoup d&rsquo;entre nous, Siddhartha a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec un soin, une s\u00e9curit\u00e9, un amour, un respect, une patience et une admiration absolus. Il a \u00e9merg\u00e9 de son enfance en \u00e9tant psychologiquement entier. Je pratique la psychanalyse contemporaine, ce qui signifie que lorsque je travaille avec un client, nous visons \u00e0 transformer profond\u00e9ment les sch\u00e9mas \u00e9motionnels d\u00e9fectueux qui se sont form\u00e9s dans l&rsquo;enfance. Ce faisant, je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;expression authentique du client et je l&rsquo;encourage \u00e0 s&rsquo;exprimer. Par exemple, quelqu&rsquo;un peut avoir appris tr\u00e8s t\u00f4t qu&rsquo;il est dangereux de se mettre en col\u00e8re, car cela pourrait mettre en p\u00e9ril l&rsquo;amour d&rsquo;un parent. Cela peut le laisser dans des situations o\u00f9 il est abus\u00e9 parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas acc\u00e8s \u00e0 sa col\u00e8re l\u00e9gitime. En th\u00e9rapie, nous ne d\u00e9couvrons pas seulement la cause de la difficult\u00e9 de la col\u00e8re, mais nous encourageons aussi \u00e0 la pratiquer, surtout dans les moments o\u00f9 le client pourrait \u00eatre en col\u00e8re contre moi. En restant stable et en acceptant son sentiment, le client acquiert une exp\u00e9rience vivante de la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre en col\u00e8re contre quelqu&rsquo;un qui ne se venge pas ou se retire, qui accepte ses pr\u00e9occupations. Ces types d&rsquo;\u00e9changes aident le client \u00e0 d\u00e9velopper un sentiment de soi sain, authentique et vital. Cet aspect du d\u00e9veloppement psychologique n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire pour le Bouddha, et la gu\u00e9rison de ce type de blessures n&rsquo;\u00e9tait pas incluse dans la prescription du Bouddha pour mettre fin \u00e0 la souffrance. Comme le raconte l&rsquo;histoire populaire du Bouddha, le p\u00e8re de Siddhartha l&rsquo;a prot\u00e9g\u00e9 des souffrances du monde en le gardant derri\u00e8re les murs du palais. Cela a fonctionn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ait vingt-neuf ans et qu&rsquo;il devienne curieux de ce qui se passait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Quatre fois, il s&rsquo;est embarqu\u00e9 dans un voyage avec son cocher. Au cours de trois de ces voyages, il a rencontr\u00e9 quelqu&rsquo;un &#8211; une personne tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, une personne tr\u00e8s malade et un cadavre &#8211; qui a lev\u00e9 le voile de ses yeux, et il a r\u00e9alis\u00e9 le fait in\u00e9luctable de la souffrance existentielle. Lors de sa quatri\u00e8me sortie, Siddhartha a rencontr\u00e9 un asc\u00e8te, qui avait renonc\u00e9 au monde mat\u00e9riel pour vivre la vie sainte et \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance. Cette derni\u00e8re rencontre a indiqu\u00e9 au futur Bouddha la direction qu&rsquo;il allait prendre pour atteindre la lib\u00e9ration finale. Contrairement \u00e0 beaucoup d&rsquo;entre nous, Siddh\u00e2rta a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec un soin, une s\u00e9curit\u00e9, un amour, un respect, une attention et une admiration absolus. Bien que sa m\u00e8re soit morte peu apr\u00e8s sa naissance, ce qui l&rsquo;a peut-\u00eatre rendu plus sensible \u00e0 la souffrance existentielle lorsqu&rsquo;il y a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, il avait d\u00e9velopp\u00e9 ce que l&rsquo;on appelle un attachement s\u00e9curisant avec sa tante, ce qui signifie qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait li\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la personne qui s&rsquo;occupait de lui. Selon la psychologie du d\u00e9veloppement, cet attachement est n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;un enfant devienne un adulte ayant un sens de soi sain et stable. Siddhartha est sorti de son enfance fort et confiant(&#8230;) Apr\u00e8s son choc initial, il ne s&rsquo;est pas laiss\u00e9 submerger ni dissocier ; il n&rsquo;a pas sombr\u00e9 dans le d\u00e9ni. Il \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 et s&rsquo;est engag\u00e9 dans une voie pour \u00eatre libre. En bref, il \u00e9tait psychologiquement entier. (&#8230;) Nous pouvons voir sa forte et saine conscience de soi lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;\u00e9couter ses propres incitations internes, de quitter tout ce qu&rsquo;il avait connu et d&rsquo;aller de l&rsquo;avant sans aucun doute. Nous pouvons \u00e9galement le voir plus tard dans son voyage, lorsque, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es avec des yogis qui pratiquaient l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, il a r\u00e9alis\u00e9 que des pratiques telles que le je\u00fbne et l&rsquo;autoflagellation n&rsquo;allaient pas r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la vieillesse, de la maladie et de la mort, et il a repris son propre chemin. Tout au long de son voyage, le Bouddha a connu ses moments de faiblesse mais n&rsquo;a pas abandonn\u00e9. Il n&rsquo;est pas devenu d\u00e9pressif, anxieux, renferm\u00e9, traumatis\u00e9 ou cod\u00e9pendant. Il est clair que sa conscience de soi \u00e9tait saine et intacte. Lorsque je pratique la psychoth\u00e9rapie, je rencontre des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 la souffrance tr\u00e8s t\u00f4t dans leur vie &#8211; avant que leur esprit ne puisse comprendre ce qui se passe, alors que leur corps est encore en pleine croissance et vuln\u00e9rable, et \u00e0 un moment o\u00f9, pour leur d\u00e9veloppement physique, \u00e9motionnel et psychologique optimal, elles devraient \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es de la souffrance. Ils peuvent avoir v\u00e9cu des dynamiques familiales difficiles, notamment la maltraitance, la n\u00e9gligence \u00e9motionnelle et le manque de soins. Ils peuvent avoir des parents qui n&rsquo;\u00e9taient pas eux-m\u00eames parents et se tourner vers leurs enfants pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins \u00e9motionnels. Au-del\u00e0 de la famille, la culture elle-m\u00eame nous expose \u00e0 la violence, aux traumatismes et au racisme syst\u00e9mique. De nombreuses personnes se trouvent loin des murs du palais. Les enfants \u00e9lev\u00e9s de cette fa\u00e7on peuvent \u00eatre incapables d&rsquo;entendre, et encore moins de suivre, leurs conseils int\u00e9rieurs, et \u00eatre incapables d&rsquo;agir avec amour et sagesse. Cette situation peut se transformer en d\u00e9pendance, en d\u00e9pression, en anxi\u00e9t\u00e9, en stress post-traumatique et en d&rsquo;autres troubles. Nous sommes si nombreux dans la culture occidentale \u00e0 nous demander qui nous sommes, comment nous nous int\u00e9grons et quel est notre but ; nous luttons contre une image n\u00e9gative de nous-m\u00eames en essayant de g\u00e9rer l&rsquo;impact des premi\u00e8res exp\u00e9riences difficiles. En bref, nous arrivons \u00e0 la porte de la pratique spirituelle avec un paysage \u00e9motionnel et psychologique tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du futur Bouddha. Lorsque nous commen\u00e7ons la pratique, nous nous effor\u00e7ons de surmonter la souffrance personnelle qui nous emp\u00eache de vivre pleinement au sein des proches, pas encore au point de se confronter \u00e0 la souffrance existentielle pour r\u00e9aliser l&rsquo;absolu. La m\u00e9ditation est-elle donc utile pour nous ? Si elle ne peut pas gu\u00e9rir compl\u00e8tement la souffrance psychologique, nous offre-t-elle quelque chose de positif ? A-t-elle des aspects curatifs ? La r\u00e9ponse est un oui cat\u00e9gorique. M\u00eame si le Bouddha n&rsquo;est pas venu \u00e0 la m\u00e9ditation pour gu\u00e9rir, la m\u00e9ditation offre un certain r\u00e9pit aux afflictions psychologiques. Lorsque nous m\u00e9ditons et d\u00e9veloppons notre concentration gr\u00e2ce \u00e0 la conscience de la respiration, cela nous lib\u00e8re, m\u00eame si ce n&rsquo;est que temporairement, des pens\u00e9es et des sentiments qui nous bombardent. Pour certains d&rsquo;entre nous, c&rsquo;est peut-\u00eatre la premi\u00e8re fois que nous constatons que nous ne sommes pas ce que nos pens\u00e9es disent de nous. Nous voyons que les pens\u00e9es naissent sans entrave, qu&rsquo;elles sont conditionn\u00e9es par la famille, les enseignants et la culture, et qu&rsquo;elles n&rsquo;exigent pas que nous nous identifions \u00e0 elles. Nous constatons que toutes les formes de pens\u00e9es et tous les \u00e9tats d&rsquo;esprit ne doivent pas nous emporter ; nous apprenons que nous pouvons faire des choix au service de notre bien-\u00eatre. Nous voyons le cheminement mental que nous nous appr\u00eatons \u00e0 faire et nous nous demandons s&rsquo;il vaut la peine de le faire. Lorsque nous commen\u00e7ons \u00e0 agir \u00e0 partir de la conscience plut\u00f4t que de l&rsquo;identification avec la pens\u00e9e, nous nous comportons plus habilement envers nous-m\u00eames et les autres. Nous apprenons \u00e0 prendre soin de nous-m\u00eames, \u00e0 d\u00e9velopper la compassion et \u00e0 pratiquer avec amour. Pendant les longues p\u00e9riodes de retraite et de silence, les \u00e9tats psychologiques difficiles qui ont \u00e9t\u00e9 enfouis dans notre psychisme peuvent remonter \u00e0 la surface afin d&rsquo;\u00eatre ressentis, observ\u00e9s et lib\u00e9r\u00e9s. \u00c0 mesure que la pratique s&rsquo;approfondit, la m\u00e9ditation nous permet d&rsquo;aller au-del\u00e0 de la pens\u00e9e discursive et de ressentir directement ces exp\u00e9riences. Dans ces cas, nous sommes lib\u00e9r\u00e9s des anciens paradigmes et des anciennes fa\u00e7ons de se sentir soi-m\u00eame. Cela recoupe directement ce qui peut se passer dans une bonne relation th\u00e9rapeutique. Cependant, nous pouvons quitter le silence et l&rsquo;immobilit\u00e9 de la retraite et, une fois de plus, avoir du mal \u00e0 nous concentrer et \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des niveaux de structuration plus profonds. Il y a des raisons \u00e9videntes \u00e0 cela. Traditionnellement, la difficult\u00e9 \u00e0 se concentrer a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e aux cinq obstacles &#8211; la cupidit\u00e9, l&rsquo;aversion, la paresse et la torpeur, l&rsquo;agitation et le doute &#8211; tous des \u00e9tats d&rsquo;esprit qui interdisent des \u00e9tats de concentration plus profonds. Pour certaines personnes, ces \u00e9tats d&rsquo;esprit peuvent \u00eatre compos\u00e9s de ces blessures psychologiques pr\u00e9coces que nous portons avec nous. Par exemple, ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut appeler de l&rsquo;aversion, un psychoth\u00e9rapeute peut le consid\u00e9rer comme de la haine de soi. Ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut consid\u00e9rer comme de la paresse, un psychoth\u00e9rapeute peut le reconna\u00eetre comme une d\u00e9pression. Ce qu&rsquo;un professeur de m\u00e9ditation peut consid\u00e9rer comme de l&rsquo;agitation, un psychoth\u00e9rapeute peut le consid\u00e9rer comme de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou un trouble de stress post-traumatique. Comme ces \u00e9tats d&rsquo;esprit peuvent \u00eatre compos\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9riences tr\u00e8s difficiles, voire traumatisantes, qui se sont produites avant que nous soyons capables de les affronter sur le plan du d\u00e9veloppement, il ne suffit souvent pas de les nommer comme des entraves et de sentir leurs composantes \u00e9nerg\u00e9tiques. Un psychoth\u00e9rapeute consid\u00e9rerait le probl\u00e8me de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des sch\u00e9mas plus profonds non pas comme un probl\u00e8me d&rsquo;\u00e9tablissement de la concentration mais plut\u00f4t comme des d\u00e9fenses psychologiques. Les d\u00e9fenses sont exactement ce dont elles ont l&rsquo;air : elles d\u00e9fendent le moi contre l&rsquo;exp\u00e9rience de sentiments et de souvenirs douloureux et souvent accablants. Les d\u00e9fenses sont inconscientes ; elles se produisent automatiquement et sans notre consentement. Nous pouvons \u00e9prouver une humeur aigre, un sentiment de vide, des sch\u00e9mas comportementaux difficiles, un manque de clart\u00e9, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de la d\u00e9pression, des phobies, et plus encore &#8211; sans conna\u00eetre les exp\u00e9riences, les croyances et les sentiments qui sont \u00e0 la base de ces \u00e9tats d&rsquo;esprit. \u00c0 l&rsquo;inverse, si les d\u00e9fenses s&rsquo;effondrent, nous pouvons nous retrouver submerg\u00e9s par des \u00e9motions douloureuses et parfois incapables de fonctionner. Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer ces \u00e9tats d&rsquo;esprit comme des obstacles \u00e0 une concentration plus profonde, un psychoth\u00e9rapeute&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-1103","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-meditation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1103"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1104,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1103\/revisions\/1104"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/zijiart.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}